Éphémères

Ouvrages en cours ou tout simplement textes jetés comme cela sur le papier, un jour d’effervescence. Des volées de mots à partager un temps, avant de disparaître, définitivement peut-être, à moins qu’ils ressurgissent un jour dans un nouvel ouvrage, qui sait ?
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Carnets II (novembre 2016 -…)
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Un balcon en forêt, relu avec gourmandise. Dès les premières pages, l’écriture de Julien Gracq fait mouche . Vocabulaire fouillé et le mot approprié, phrases construites, maîtrise des temps, emploi du subjonctif qui donne au style cette petite note aristocratique qui pose, utilisation à la limite de l’excès de la métaphore. D’un lieu où il ne se passe rien hors l’ennui de l’attente de l’ennemi en début de guerre, le texte exhale une atmosphère où tout est souffle, du brin d’herbe qui se courbe à la goutte d’eau emportée par son poids. L’attente Dans sa durée, l’attente émousse l’appréhension et peu à peu génère une sorte d’émollience. La pesanteur devient légèreté, à peine troublée par les rumeurs invérifiables. Le fortin, poste d’observation détaché, ancre les hommes dans la vie locale jusqu’à faire pousser l’amour, avant que le combat fixe le temps et les hommes.

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À quelques jours d’intervalle, Beauté cachée le film de Will Smith, puis  La mouette d’Anton Tchékov sur les planches sous la patte de Thomas Ostermeier. Et un constat commun sur les mises en scène : la qualité peut être mince quand on a enlevé le gras.

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Cérémonie des vœux. Retour numérique sur l’année écoulée. Grosse démonstration de puissance électronique sur grand écran. Succession d’images, de bruitages, qui défilent à vitesse limite, assourdissent, assènent, écrasent, plombent le spectateur sur son fauteuil. Suivie d’un débat à quatre têtes autour un événementiel du moment. En prime un direct avec le lointain, le globe soumis en un clic. Et ça s’éternise. La crise de foi(e) au bord des lèvres oblige à fuir avant le plat du jour.

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Personne ne connaissait le nouveau venu, objet invisible de toutes les conversations, suspect d’enfoncer un coin dans l’amitié. Le voilà qui s’invite et partage la table, tendu, sur ses gardes devant cette poignée d’inconnus riches d’une vieille amitié. Prêt à s’éclipser à la mi-temps après l’apéritif ! La bienveillance et l’attention se liguent pour lui donner toute sa place et le mettre à l’aise sans façons. Il tient jusqu’au bout et se fend d’un merci appuyé pour ceux qui reçoivent. La compagne respire.

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Sauf riverains, dernier roman d’Emmanuelle Pagano, juste sorti, aussitôt dévoré. Une passion pour l’eau exprimée dans une Trilogie des rives dont c’est le deuxième numéro. Un ouvrage né de l’ennoiement de deux petites vignes familiales dans un projet de lac artificiel. Occasion, bien des années après pour l’écrivain de comprendre, de cerner ce qui a été mis sous l’eau et ce qui en a résulté pour l’homme et le milieu. Un grand sujet où l’auteure se noie parfois dans des digressions qui permettent la respiration, éclairent et reviennent toujours vers l’eau pour le plus grand plaisir du lecteur.

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Deux pages du journal de Charles Juliet et tu détiens là de quoi nourrir ta méditation pour la journée. Lueur après labour, son journal de 1968 à 1981, pourtant si actuel.

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Reprise de contact avec Léonora Miano. En main, une édition de poche de Ces âmes chagrines. Souvenir intense d’une lecture publique pour La saison de l’ombre, d’une illumination devant le franc parler et cette voix grave à l’extrême. Une lecture lente, des pauses interminables devant le spectateur impressionné au garde-à-vous. Un débat de haute tenue où il est question de l’écrivain, le subsaharien, la femme…
Dès les premières pages, l’émerveillement commence, promesse d’une bon moment à venir qui s’affadira un peu lorsque les mots rentreront dans le rang.

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Quichotte, texte de Jean-Luc Lagarce, théâtre musical construit sur un quiproquo avec un autre Quichotte, Don pour celui-là, inspiré par un fragment du roman merveilleux de Miguel de Cervantès, pour un « credo : nourrir le théâtre par la musique et la musique par le théâtre ». De belles voix parmi d’autres un peu plus faibles pour un rendu qui interroge un peu. Le son très fort écrase, les artifices affluent, les comédiens tiennent leur rang, l’on sort un peu sonnés pas convaincus que l’objectif soit atteint.

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On les appellerait des vieux, eux qui sourient quand ils se disent en plaisantant « jeunes foyers ». Des vieux amis qui ont pris de l’âge mais se rencontrent toujours avec bonheur. Certains se sont éloignés, d’autres ont vécu la séparation, le deuil. L’énergie de l’amitié est toujours là, au premier appel les expatriés sont de retour. L’amitié laisse des traces !

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La fête était belle mais la fève n’a pas trouvé son roi. Ils ont envoyé l’un des leurs porter leur part à ces amis dont l’un lutte pour sa vie.

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Quelques poules dans un poulailler. Des croûtes de fromage balancées après le repas. Début d’un étrange ballet : Dès que l’une trouve merveille, elle s’éloigne et les autres se lancent à sa poursuite en abandonnant leur propre friandise qui en réjouira une troisième. Étrange ! Comme du déjà vu !

(21 février 2017)

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